Ils nous ont tout appris...

Maria Montessori

Maria Montessori

Je commence ma série d’articles sur les « pédagogues » par cette Grande Dame et sa pédagogie, parce qu’on en entend parler absolument partout depuis quelques année maintenant. Ateliers Montessori, matériel, cahiers et box en tout genre… Crèches qui s’inspirent de la pédagogie Montessori et même de plus en plus d’établissements spécialisés Montessori. Elle est terriblement à la mode. Et c’est plutôt tant mieux !

Parce que sa pédagogie et sa réflexion sur l’enfant sont vraiment épatantes. Epatantes parce que c’est extrêmement intéressant et extrêmement juste. Sa pensée sur l’enfant remet vraiment en lumière son intelligence propre et du coup ses capacités (à l’enfant bien sûr, pas à Maria, quoi qu’on ne la remet vraiment pas en doute !)

Mais à force d’en entendre de tous les côtés, je trouve qu’on se perd quand même un peu. Mais surtout on perd l’essence même de toute sa réflexion. Ce qui est vraiment dommage. Alors on va essayer ici de repartir sur des bases solides !

 

Retour sur son parcours

Si la pédagogie de cette femme est très inspirante, son parcours l’est aussi particulièrement ! Je pense que c’est intéressant d’y revenir pour comprendre réellement sa pédagogie. Promis je vais essayer de faire un minimum dans le détail pour ne pas vous assommer !

Elle nait en 1870 en Italie. Le souhait de ses parents pour elle est clair dès le départ : elle deviendra institutrice (l’un des seuls métiers que les femmes ont le droit d’exercer à l’époque – mais c’était il y a fort fort longtemps…). Le sien est tout autre, mais tout aussi clair : elle sera médecin. Et elle le deviendra ! Grâce au combat qu’elle mène aux côtés de sa mère contre l’avis paternel, elle devient la première femme à entrer à la faculté de médecine. Et à y décrocher un diplôme ! Sur sa lancée elle se spécialise en biologie, psychologie et en philosophie. (Donc oui, je pense qu’on peut se permettre un « GIIIIIIRL POWER ! » là tout de suite.)

 

L’accompagnement de TOUS les enfants, son combat

Bon, avec tous ses diplômes en poche, il est temps d’exercer. Elle débute alors comme assistante au sein de la clinique de psychiatrique de l’Université de Rome. Une de ses missions est de visiter, dans les différents asiles de la ville, les enfants qualifiés de « débiles » (il a fort fort longtemps je vous dis !!). Et (TA TA TAAAM !) c’est là que tout commence vraiment pour elle.

Elle est absolument scandalisée par la manière dont ces enfants sont traités. Comme des fous avec lesquels il n’y a rien à faire d’autre que de les maintenir en vie finalement. Elle pense tout autrement, elle décide alors de consacrer son intelligence à faire évoluer les choses. Elle va s’intéresser aux travaux concernant les enfants porteurs de troubles mentaux. Et particulièrement ceux de deux médecins : Edouard Séguin et Jean Itard (dont je vous parlerais plus particulièrement dans des articles dédiés plus tard, suspense !). C’est de l’attention qu’elle va apporter à ces enfants, du temps mais aussi du matériel pédagogique et des jeux. On est sur un énorme travail de recherche, de test, mais aussi d’observation, parce qu’il y a tout à faire !

 

C’est lors d’une conférence retentissante qu’elle donne au Congrès Pédagogique de Turin qu’elle va commencer à être reconnue. Cela va vraiment avoir un impact sur l’intérêt porté à ces enfants, leurs pathologies et l’accompagnement qu’on pouvait leur apporter, qui leur permettait de progresser. Elle prend ensuite la direction de l’école orthophrénique de Rome, qui accompagne des adolescents neuro-atypiques. Elle va continuer son travail d’investigation, va imaginer et créer du matériel plus adapté. Tout en formant des enseignants à ses méthodes, en particulier à l’observation. Beaucoup de boulot en soit pour Maria, mais elle ne s’arrête évidemment pas là !

 

 

Vraiment tous les enfants, et partout

Elle va se diriger plus tard vers un autre public d’enfants donc l’éducation n’est pas non plus une grande préoccupation pour la société de l’époque : les enfants abandonnés. C’est ainsi qu’elle prend en charge la 1ère Maison des Enfants, qui accueille des enfants de moins de 6 ans, délaissés par leurs familles. C’est auprès et pour eux qu’elle va élaborer et faire fabriquer le matériel que l’on connait aujourd’hui. Durant plusieurs années, elle va affiner sa proposition pédagogique et permettre aux enfants épanouissement et apprentissages.

La suite de la vie de notre chère Maria s’ensuit de quelques complications et surtout de voyages au moment de la montée du fascisme un peu partout en Europe. Elle fuit d’abord l’Italie lorsque Mussolini fait fermer tous ses établissements avec son refus de participer à l’instruction dans des écoles d’état et d’y faire porter l’uniforme fasciste. L’Espagne sera son court refuge car l’arrivée de Franco au pouvoir l’oblige à changer ses plans.

Elle passe par l’Angleterre avant de s’installer finalement aux Pays-Bas. Lorsque la guerre éclate, elle se trouve en Inde pour y donner des formations et va y rester jusqu’à la fin de celle-ci. Evidemment elle va utiliser ce temps à bon escient et développer sa méthode pour les 6-12 ans.

Elle finira sa vie, au combien remplie et utile au Pays-Bas en 1952.

 

Mais aussi, son rôle de mère

Il y a quand même quelque chose dont je ne vous ai pas parlé, c’est de son fils : Mario Montessori. Et c’était tout à fait volontaire, parce que je voulais un peu marquer le coup avec cette info et vous la donner en dernier. Je pense qu’elle permet de comprendre encore mieux son dévouement pour son métier et ses recherches.

En fait, Maria Montessori a vécu sa vie maternelle avec beaucoup de soucis. Le père de son fils, lui-même très attaché à sa propre mère, ne se décidera jamais s’en détacher pour épouser Maria et élever leur enfant. Sa grossesse est d’ailleurs tenue secrète et c’est à l’étranger qu’elle donne naissance à un petit Mario qui ne portera d’ailleurs jamais le nom de son père.

Le non-investissement de Guiseppe Montesano auprès d’elle et de son fils, l’obligera à contre-cœur à confier son fils à une nourrice à la campagne. Elle lui rendra régulièrement visite certains week-ends, mais souffrira beaucoup de ne pas l’avoir auprès d’elle. Ce n’est que lorsqu’il fut âgé de 17 ans qu’ils se réuniront enfin pour vivre ensemble.

Tout au long de sa vie, malgré ses deux mariages et ses propres enfants, il se battra pour promouvoir la pédagogie Montessori à travers le monde. Après sa disparition, c’est lui qui continuera l’œuvre de sa mère, notamment en faisant perdurer l’Association Montessori Internationale. Toujours dans le but de promouvoir des pratiques destinées au « plein développement de l’être humain ». (On peut encore aujourd’hui visiter le siège de l’association aux Pays-Bas, c’est devenu un musée dédié à l’œuvre de Montessori) Il va également continuer de publier des ouvrages sur des concepts éducatifs qu’elle a développé.

Elle-même va publier de nombreux écrits et donner des conférences. Dans le but d’instruire le plus grand nombre sur le fonctionnement de l’enfant, sa richesse psychique et ses capacités. Mais surtout le fait qu’il faut impérativement que l’adulte s’adapte à la manière de fonctionner de chaque enfant et non l’inverse. (Je vous partage sa bibliographie dans un article juste ici !)

Nous en arrivons à sa pratique pédagogique, à ses valeurs, à ses découvertes. Bref, à tout ce qu’elle nous a généreusement transmis. Je ne vous fais pas plus attendre !

 

La pédagogie Montessori

Vous l’aurez un peu compris en lisant son parcours mais sa pédagogie replace vraiment l’enfant au centre des préoccupations des adultes. Et c’est un des points les plus importants. C’est une vraiment une pédagogie globale, de la naissance à l’âge adulte. Elle a fortement participé à faire évoluer le regard de la société sur l’enfance. Et quelques soient les problématiques que chacun rencontre au départ dans la vie finalement ! Elle a porté l’intérêt non seulement sur les apprentissages et les capacités de tous. Mais aussi sur la réalisation et l’épanouissement de chacun. C’est un pas de géant dans le monde de l’éducation !

Ce sont toutes les informations qu’elle va accumuler au cours de sa carrière. Et les résultats époustouflants qu’elle va obtenir. Qui vont lui faire élaborer une nouvelle façon de penser l’accompagnement des enfants. Avec l’idée générale qu’il faut, en premier, adapter l’environnement des adultes aux enfants, et arrêter espérer l’inverse. Encore une fois, cela en fonction de leurs particularités. Ils évoluent mieux dans un environnement spécialement pensé pour eux et se concentrent sur des activités qui les aident dans leur développement.

 

« Apprends moi à être »

Ça parait utopique comme ça mais, son idée est en fait qu’il faut offrir aux enfants notre confiance et leur permettre d’être et de faire, dans un environnement pensé spécialement pour eux. Ce sont deux termes très importants dans la compréhension de sa pédagogie. « Être » parce que c’est la base de l’être humain, et le bébé a besoin de prendre conscience de lui-même avant d’agir sur le monde. « Faire » parce qu’il a besoin de manipuler, d’expérimenter, de travailler avec ses mains pour comprendre et apprendre.

Parce que oui, même si on entend partout sa citation « Apprend moi à faire seul ». On passe complétement à côté d’une autre non moins importante : « Apprend moi à être ». Et c’est ce qui fait perdre un peu de son charme à sa pensée je trouve, parce qu’on se concentre principalement de la notion de travail et d’apprentissages qui en ressort. Alors qu’il y a une vraie idée de développement de l’identité propre et de l’épanouissement personnel aussi.

Effectivement une grosse partie de ce qu’elle nous a légué, est du matériel destiné à des apprentissages, précis en plus. Dans sa pédagogie, chaque objet a une fonction, et si l’enfant est libre de détourner l’objet comme il le souhaite au moment où il l’utilise finalement. L’adulte qui lui en fera la présentation, lui montrera la fonction initiale de l’objet. On parle d’ailleurs plutôt de buts directs et indirects dans les formations d’éducateur Montessori. Chaque objet a une fonction parce qu’elle se rend compte que l’enfant a besoin d’ordre. Qu’il se concentre mieux si son esprit n’est pas « sur-stimulé ». Plusieurs couleurs, plusieurs matières, plusieurs fonctions, plusieurs utilisations. Trop de stimulations différentes, complexifient trop les choses pour l’enfant qui ne se concentrera pas sur une chose en particulier.

« Apprends moi à faire seul »

Bien sûr, elle fait en sorte d’adapter et de faire évoluer son matériel en fonction des âges et des gestes ou concepts acquis. Exemple les puzzles : ils sont d’abord d’une forme géométrique particulière. Du plus simple, le cercle, puis petit à petit plus compliqué, le triangle, le carré. Une fois que chacune des formes est maitrisée, on peut passer à un puzzle à plusieurs formes géométriques sur une seule planche. Puis passer à un puzzle à trois formes qui intégrerait les couleurs primaires par exemple. Enfin on a les puzzles à plusieurs pièces qui représentent une image à reconstituer qui sont nettement plus complexes.

Du plus simple au plus complexe, ils demandent tous de maitriser un geste précis de la main, ainsi que la coordination de celle-ci avec la vue (ce qui n’est pas toujours le plus évident surtout au début) Mais aussi d’observer, de discriminer les pièces et de les assembler. Pareil pour les objets à enfiler sur des tiges. On part du plus simple, du plus accessible au plus complexe. Plus qu’accessible, parfaitement adapté à ses capacités, tout en lui donnant un challenge. Ce qui donne à l’enfant un sentiment de persévérance, de réussite, donc un sentiment d’estime de lui très important et l’encourage à aller plus loin encore et se dépasser encore plus.

On pourrait croire qu’on est là sur une pédagogie de la performance, mais pas du tout (loin de nous cette idée mon bon ami). Puisque l’idée principale reste quand même que : si l’enfant persévère à ce point, c’est qu’il trouve un intérêt pour lui-même et ses apprentissages propres. Pour la satisfaction personnelle de ses besoins à lui, à l’instant présent. C’est très important de retenir cette idée parce que si l’on parle beaucoup de Montessori pour ses idées pour le développement de l’autonomie de l’enfant à tous les niveaux. La première autonomie est quand même celle de pouvoir satisfaire son appétit d’apprendre avant même de savoir manger seul. Dès sa première minute il s’imprègne déjà de toute sorte d’informations qui vont l’accompagner dans sa construction.

Parce qu’en plus du matériel qu’elle a conçu, elle a vraiment étudié très intensément l’esprit de l’enfant et sa manière de se construire, de se développer. Et ses découvertes ont été prouvées à l’époque par des études scientifiques, par des neurobiologistes du monde entier. Et encore aujourd’hui grâce à l’apport des neurosciences (je ferais aussi un article dédié la dessus. Décidemment, la liste s’allonge !) C’est vous dire si elle avait un regard très affiné sur les enfants et la compréhension de leur développement !

De ses découvertes sur les périodes sensibles, qui déterminent des moments de la vie de l’enfant, ou il est plus susceptible de se saisir d’un « apprentissage ». A la conceptualisation de l’idée que l’enfant à une construction d’esprit totalement différente de celle de l’adulte. Qui lui permet d’absorber le monde autour de lui sans effort (c’est l’esprit absorbant de l’enfant, je vous en ferais aussi un post particulier tant c’est intéressant !). On passe vraiment par toute la construction de l’être de sa naissance à l’âge adulte.

Libérer tous les potentiels de l’enfant

Et sa pédagogie n’oublie aucun plan : physique, moral, social, spirituel, sensoriel… Parce l’idée générale de cette pédagogie est d’aider chacun à se construire pleinement. Et de manière autonome. Parce qu’il possède déjà toutes les clés de sa réussite en lui. Parce qu’il s’est développé dans un environnement qui tenait compte de son rythme, de ses forces, de ses intérêts… Auprès d’adultes qui ont répondu de manière adéquate à ses besoins (on revient à la théorie de l’attachement tiens !)… Il devient confiant et responsable. Près à conquérir le monde.

L’environnement (il faut comprendre les adultes et l’espace et le matériel qu’ils mettent à disposition de l’enfant), a une place extrêmement importante dans le développement de l’enfant chez Montessori. Puisque c’est à travers lui que l’enfant va tout découvrir. C’est son environnement qui va l’accompagner dans son appropriation du monde. La formation des éducateurs a d’ailleurs été une part importante du travail de notre chère pédagogue. Aujourd’hui encore les formations d’éducateurs Montessori sont extrêmement complètes et riches. Et de plus en plus prisées. (J’en suis moi-même une, depuis quelques mois, je vous en parlerais une fois que je l’aurais finie)

Montessori a vraiment été une pédagogue très inspirante pour le monde de l’éducation. Encore aujourd’hui, c’est l’une des pédagogies les plus utilisées à travers le monde. Et, je vous en parlais déjà plus haut, toutes les études faites sur les neurosciences aujourd’hui ne font que confirmer ses idées. Et lui apportent une notoriété nouvelle, qui inspire chaque jour plus de parents et d’éducateurs !

Je ne veux pas m’étaler sur le côté marketing de la chose, le plus cynique étant peut-être qu’elle a développé sa pédagogie en partie auprès d’enfants défavorisés. (Je précise quand même que je ne parle évidemment pas des merveilleux petits artisans menuisiers ou autres couturiers ou simplement bricolos… Qui se sont spécialisés dans la confection d’objets Montessori. Ni même les petites boutiques et revendeurs qui les font découvrir et les rendent accessibles aux structures d’accueil et aux familles. Je parle plutôt de tout ce qui peut être estampillé Montessori parce que c’est à la mode !) Moi et le côté de ma personnalité Bisounours (même si vous avez remarqué que ma personnalité dénonciatrice révolutionnaire est quand même passé par là !) préférons nous concentrer sur ce que ça apporte de bénéfique pour toute personne qui accompagne un enfant. Et pour tout enfant accompagné dans sa conquête du monde.

Le mot de la fin !

J’aurais encore mille choses à vous dire mais l’article commence à devenir vraiment bien, bien long… Et j’ai peur d’avoir déjà perdu les moins passionnés. Je ferais des articles à part pour vous présenter des points particuliers de sa pédagogie (comme le Nido ou la Communauté Enfantine), mais aussi des idées pour vous inspirer de sa pédagogie à la maison ou dans vos structures. Et pourquoi pas vous partager une petite sélection de ses ouvrages. (troooooop d’idées !)

Si vous avez réussi à tenir jusqu’ici, j’espère que vous avez apprécié le premier article de cette rubrique sur les pédagogues. Et ceux qui nous apprennent chaque jour à voir l’enfant autrement. J’espère que vous en avez appris un peu plus sur cette grande dame (qui je crois ne l’était pas vraiment tant que ça en plus). Si vous connaissiez déjà sa pédagogie, avez-vous découvert de nouvelles choses qui vous ont fait réagir ?
Et si vous avez tout découvert, quels sont vos ressentis ?
Est-ce en accord avec vos propres valeurs pédagogiques ?

Je suis toujours curieuse d’avoir vos avis. Et la bavarde que je suis, a toujours du temps pour discuter alors n’hésitez pas à m’écrire ! (Ainsi que de juger la qualité de mes vannes, je vous en prie, vraiment !)

Je vous dis à bientôt, prenez soin de vous.

4 commentaires

  1. Sylvie Poisson a dit :

    Bravo Carmen. Bises articles sont passionnants. Ils nous permettent une information rapide et concise. Je suis preneuse.
    Vos vidéos d’enfants sont pleines de poésie. Surtout ne vous découragez pas car la tâche est immense.
    « Sur la table maintes fois tu remettra l’ouvrage  »
    A bientôt pour de nouveaux post.
    Sylvie

    1. Merci milles fois pour ce commentaire si positif et terriblement encourageant ! La tâche est ardue il est vrai, mais passionnante. Et portée par ce genre de positivité, je ne peux qu’avancer !
      C’est le premier commentaire sur le blog alors il gardera une valeur particulière, merci encore !
      A très vite 💕

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