Billet d'humeur

Penser l’épanouissement des enfants

Penser l’épanouissement des enfants

S’il y a bien une chose qui me tient vraiment à cœur que vous reteniez dans tout ce que je vais vous transmettre c’est bien celle-ci. Accompagner les enfants à s’épanouir, à devenir eux-mêmes. C’est une idée qui m’anime chaque jour dans mon quotidien d’éducatrice. Qui me permet de me questionner, de savoir quelle proximité adopter, quel positionnement, qui me force à prendre une position d’observatrice. Je pense qu’il est très important de se reconnecter à cette idée pour changer notre posture auprès des enfants. Changer notre regard sur eux, sur l’accompagnement qu’ils méritent qu’on leur réserve.

 

Pour une pédagogie de l’épanouissement

Je pense que comme moi, vous serez d’accord pour dire qu’il est nettement plus intéressant pour un individu, d’apprendre de ce qu’il l’intéresse. C’est d’ailleurs même la base d’un réel apprentissage. Qu’on ne ferait pas, mais qu’on absorberait à travers une certaine passion que l’on a eu pour quelque chose. On se demande parfois comment l’on peut avoir retenue tel paragraphe complet d’un ouvrage lu en primaire ou tel cours sur l’histoire des pharaons en classe de 6ème. C’est uniquement parce que notre esprit passionné par l’intérêt que cela avait pour celui-ci à ce moment précis, vous a fait absorber toutes ces informations. (Je m’égare un peu, j’en ferais un article à part entière !)

Revenons-en au fait. Je base mon action du quotidien sur une pédagogie qui accompagnerait chaque enfant que je rencontre, dans la découverte, puis l’appropriation de ses envies, de ses talents, de ses potentialités. C’est vraiment une idée que j’essaye de garder toujours et qui est selon moi essentielle. Ne serait-ce que part le simple fait d’accompagner plusieurs enfants, qui demande de s’adapter aux besoins et capacités de chacun. Mais sans avoir un groupe à accompagner, je pense que le rôle des adultes auprès des enfants est vraiment de les soutenir dans leur épanouissement. Non je n’ai toujours pas migré pour le pays des Bisounours, je suis seulement convaincue que la réalisation de soi-même est une question essentielle de la vie humaine. Et encore plus que tout cela commence dès la toute toute toute petite enfance !

Surtout dans une société qui va aujourd’hui si vite et qui valorise tant la performance. Prenons le temps de faire grandir la personnalité propre de chaque enfant. Valorisons plutôt le fait de se réaliser soi-même, plutôt que de valoriser le fait de réaliser de choses. Je ne dis pas que c’est mauvais de faire. Je dis que toutes les choses que l’on fait pour se découvrir sont importantes. Qu’il faut aussi être. On a tendance à ne valoriser que les réussites. (Et même à l’âge adulte) On ne valorise pas l’échec et tout ce qu’il construit de positif finalement. C’est le résultat qui importe plus que tout le chemin pour y arriver et c’est vraiment dommage parce que perd l’essence même de ce que devrait être la pédagogie. On valorise des compétences, pas les manières des les acquérir, aussi différentes soient-elles.

 

Eduquer à la compétition ou éduquer à la paix ?

On voit souvent une citation qui dit que l’on « stimule trop la compétitivité entre les enfants » et que « la concurrence est la première étape vers la guerre ». Est-ce qu’on ne se reconcentrerait pas sur des valeurs de paix plutôt, surtout quand cela concerne nos enfants ?

Il faut vraiment supprimer ce principe de compétition que l’on transmet dès le plus jeune âge. Déjà à l’école, direct en maternelle paf un jugement de valeur sur le collage que l’enfant aura réalisé, matérialisé par un sourire qui peut vite se transformer en bonhomme qui fait la tronche. (Comme le môme d’ailleurs !) Même à la crèche au quotidien certains parents demandent quelles sont les nouvelles acquisitions, ils s’inquiètent sur quand il va se mettre à se tourner, puis à s’asseoir, puis à marcher, puis à parler. Ils comparent avec leur fratrie ou les autres enfants qui vivent avec le leur toute la journée. Et je le comprends tout à fait, je ne le juge pas du tout. Ça fait partie d’eux, eux -mêmes ont été accompagnés dans la vie de la même manière souvent. Et tout cela part clairement d’une bonne intention : vouloir le meilleur pour son enfant. Mais finalement est-ce vraiment le meilleur ? Je voudrais juste participer à libérer les enfants, mais aussi leurs parents de toutes ces pressions-là. Qui les empêchent de construire une vraie relation de confiance mutuelle. Les empêchent d’atteindre cette notion d’amour inconditionnel. Et fait tant défaut dans notre monde aujourd’hui.

Alors oui, la société actuelle nous met un peu dans ce mouvement naturellement, et il est extrêmement difficile d’aller à contre-courant. Mais finalement nous sommes dans une période de grands changements à tous les niveaux. Et si la société d’aujourd’hui est ainsi, il est toujours possible de la changer et celle de demain encore plus. Et les premiers acteurs de celle de demain sont nos enfants. Si une majorité ont été bercés avec des valeurs d’épanouissement, de développement personnel, de valorisation des personnalités propres de chacun…. Ils ne pourront que le transmettre à leur tour autour d’eux. Et c’est comme ça qu’on change le monde. (Ça y est on a vrillé du monde des Bisounours au discours présidentiel)

Je sais que je vais paraitre frappée du bocal pour certains, mais je suis vraiment intimement convaincue de ce que je vous avance. (Je sais aussi que je ne suis pas seule à avoir ces convictions saugrenues !) Combien d’adultes aujourd’hui travaillent à leur développement personnel, à regonfler leur estime d’eux-mêmes. Combien sont malheureusement dans des situations de dépression ou de grande dépendance. Alors on ne pourrait surement pas régler tous les problèmes, bien sûr. Et je ne dis pas que Antonin aura une estime de lui-même pourrie, parce qu’il a été comparé par son entourage à son compagnon de jeu de l’époque, sur sa capacité à coller des gommettes dans un cadre prédéfini. Je dis qu’Antonin pourrait avoir davantage de ressources personnelles pour surmonter les épreuves difficiles de la vie et apprécier les positives. Si dès sa naissance son entourage a valorisé ces ressources personnelles et a soutenu leur acquisition.

Aujourd’hui on transmet plus de fierté quand un enfant sait manipuler correctement un matériel, sait compter ou sait lacer ses chaussures comme la seule tortue ayant des chaussures. Et du coup on passe, selon moi, complétement à côté de la quête de soi-même, de l’intériorité, de la construction de soi… Et du coup de l’épanouissement. On oublie l’importance de prendre connaissance de soi, de ses sens, de son corps, de ses potentialités… Et on passe à côté de l’importance de s’écouter, de s’observer, de se nourrir aussi, parce qu’on n’est pas connecté à nos besoins et aux manières d’y répondre. On ne se lie pas à nos ressentis, à nos émotions… Alors on ne valorise qu’un seul type d’intelligence finalement alors qu’il en existe tellement de différents.

Nos enfants ont plus que jamais besoin que nous nous reconnections aux vraies valeurs de la vie. Ils méritent que nous prenions le temps de les soutenir dans leur épanouissement. Dans leur construction d’eux-mêmes. Plus que de lui inculquer des notions, des concepts, des savoirs, nous devons lui transmettre cette idée que tout ce qui constitue sa personne est important et doit être protégé. Nous devons permettre le développement de l’identité personnelle de chacun et ne pas vouloir créer les mêmes individus qui auraient tout appris au même moment, par les mêmes moyens, feraient tous les mêmes choses. C’est en faisant ça aussi que nous transmettons que les différences entre les personnes apportent de la richesse et qu’elles ne seraient plus à craindre quelles qu’elles soient. Et au combien c’est important de transmettre ça dans notre monde actuel !

 

C’est bien joli tout ça mais comment on procède concrètement ?

D’abord je pense que le point de départ est de se demander ce que nous souhaitons pour nos enfants. Qu’avons-nous envie de transmettre ? Quelles sont les valeurs que nous avons envie de leur partager ? En répondant à ces questions, on crée tout un cheminement de pensée qui nous accompagne à penser les choses autrement. Mais à partir du moment on l’on part de ce que l’on veut transmettre, tout se fait naturellement. Ça va de soi. Si on pense autonomie de l’enfant, on va faire en sorte qu’il puisse agir réellement sur son environnement, dès son plus jeune âge, en fonction de ses capacités. Si l’on pense bien-être, on va donner la possibilité d’agir dessus directement.

Ensuite en laissant la place au temps. Je pense que c’est le principal. Tout prend du temps et aujourd’hui avec cette société qui va plus que vite on a besoin de se lier de nouveau à notre patience. Tout doit aller vite, les enfants entendent sans arrêt dans leur journée « dépêche-toi », « va plus vite, « allez ! » et autres mots doux qui leur transmettent surtout du stress. Mais si on prend le temps, si on s’organise pour avoir la possibilité de le prendre, on passe sur un nouvel état d’esprit qui serait celui de profiter de chaque instant ! Et ça, ça change la vie. Celle des adultes, comme celle des enfants ! Les adultes ne se stressent plus et ne stressent plus les enfants parce qu’eux-mêmes sont stressés. Alors effectivement ça donne du travail en amont, ça demande de réfléchir un peu plus à l’organisation générale, ça demande de faire des concessions surtout pour les adultes. Mais nous devons ça à nos enfants. Et à nous-mêmes, un peu plus d’apaisement dans le quotidien est bénéfique pour tout le monde !

Je pense par exemple au moment de la préparation du matin, pour que chacun puisse aller vaquer à ses occupations de la journée. Il est sûr que si vous vous levez au dernier moment, que vous vous dépêchez pour vous préparer ainsi que toute la famille, vous avez moins la possibilité de prendre ce temps. Le petit dej doit presque être englouti en enfilant un slip pour ne pas perdre une précieuse minute. Vous vous coiffez à la va vite pendant que petit bout fait des cabrioles sur le canapé en regardant à moitié, un épisode des fameux chiens sauveteurs ! Vous êtes dans un état de stress, votre enfant-éponge également puisqu’il absorbe tout ce qui transpire de vous. Et Dieu sait que vous êtes en nage là tout de suite ! Il ne veut pas mettre ses chaussures pour partir, encore moins son manteau, il veut regarder encore 5 minutes les images qui gigotent dans ce magnifique cadre animé qu’est la télé.

Vous vous agacez encore plus, voyez le temps défiler, imaginez déjà le regard des pros de la crèche ou de l’école vont montrant que vous êtes encoooore en retard ce matin, celui de votre patron également… Vous finissez par sortir de la maison en ayant bien besoin d’une nouvelle douche, votre bambin à moitié habillé au bout du bras, vous arrivez presque à la voiture. Et là le drame ! Il y a une coccinelle sur le trottoir. Ou un escargot c’est plus dans la période. Et évidemment votre enfant est subjugué par cet insecte qu’il voudrait pouvoir observer un peu avant de monter dans l’engin qui l’emmènera loin de ce trottoir. Mais vous savez que vous n’avez pas le temps. Alors c’est la tempête qui commence, les cris, les pleurs… Et finalement c’est un début de journée épuisant qui donne à tout le monde l’envie d’aller se recoucher illico presto.

 

Prendre le temps

Si au contraire, vous prenez le temps de se lever ne serait-ce qu’une demi-heure avant l’heure habituelle. Je sais que le sommeil est précieux et la demi-heure peut être un cadeau béni. Mais si on pense à toute l’énergie dépensée à vouloir aller plus vite que la musique et à gérer des tempêtes émotionnelles qu’on aurait pu éviter, on est largement gagnant ! Laissez bébé finir sa nuit ou proposez-lui s’il est déjà réveillé de manipuler quelques livres, quelques jouets préparés dans un panier (avec lui pendant un moment dans le week-end par exemple !). L’idée c’est qu’il puisse s’occuper quelques minutes seul, si possible sans écrans. Même près de vous, pendant que vous prenez un temps pour vous uniquement. Un café, ou 10, vous préparer, vous apprêter, écouter un peu la radio, faire quelque chose pour vous le matin. Très important de prendre soin de soi ne serait-ce que 5 minutes. Pour ne pas renvoyer la frustration accumulée de ne pas pouvoir le faire à notre entourage. Puis se dédier pleinement à bébé ou bambin. Il sera beaucoup plus disponible pour vous, si vous-même êtes totalement disponible pour lui. (Rappelez-vous : il est comme vous êtes)

Si vous lui mettez ses chaussettes en même temps que vous préparez votre sac de la journée, mettez un coup de brosse dans vos cheveux, lui-même va aller dans tous les sens. Mais si chaque moment même court, est pleinement dédié à l’action de ce moment. S’habiller c’est le moment de s’habiller, et si on a que ça a faire on se rend pleinement disponible pour cette action. De même que si votre enfant est en pleine quête d’autonomie, il peut être judicieux de vous réorganiser et d’avancer de 10 minutes le moment de l’habillage pour qu’il puisse s’en emparer réellement. Alors oui ça peut être long et agaçant d’observer son enfant essayer désespérément de mettre sa chaussette. Mais le temps pris maintenant sera du temps gagné plus tard. C’est le moment de se rappeler : « qu’est ce que je veux transmettre à mon enfant ? Qu’est ce que je veux pour lui ? »
Alors ce n’est pas évident, c’est souvent même un casse-tête chinois, ça prend autant de temps de réfléchir à ce qui est le mieux pour tout le monde (parce qu’il faut penser aussi à la soi, à son couple, à la fratrie s’il y en a une) que de se réorganiser régulièrement pour être le plus adapté aux besoins de chacun. Mais ça vaut vraiment le coup. Parce que là normalement, vous avez le temps de pouvoir observer 5 minutes le petit escargot sur le trottoir. Et commencer une belle journée après l’émerveillement que vous a procuré cet instant partagé avant votre tout-petit.

Enfin je pense qu’on a grandement besoin d’oublier l’idée du parent et de l’enfant parfait. Aucun des deux n’existent alors passons à autre chose. Oublions-les et concentrons-nous sur autre chose. Ça rajoute aux pressions déjà trop importantes que les parents se mettent à eux-mêmes et qu’ils transposent ensuite malgré eux sur leurs enfants. Il est question de créer de la relation, du lien. Toute la vie n’est que relation et lien aux autres. Dès la naissance, le lien à la famille, puis dans la vie sociale, les amis, puis dans le travail et dans les passions. Quand il s’agit de relation on ne recherche pas la perfection, mais le bien-être, l’apaisement, l’épanouissement !

 

Le mot de la fin

Si on a plus de pressions à devoir être parfait à tout prix, on a plus l’envie inconsciente de rendre son ou ses enfants parfaits et on se lâche la grappe et à eux par la même occasion. Si on a plus de pressions de réussite, si on a plus peur d’essayer, de tenter… Alors on se reconcentre sur passer du temps ensemble. Même peu de temps, mais du temps vraiment ensemble. On s’épanouit ensemble. On se reconcentre sur l’important et on prend même du plaisir à l’observer ce petit escargot sur le trottoir. Peut-être même que vous serez surpris d’entendre « bon on y va maintenant » quand vous aurez envie de rester encore 5 minutes à profiter de ce moment.

Et vous, qu’est ce que vous avez envie de leur transmettre à vos enfants ? Ou à ceux que vous accompagnez d’ailleurs !

Je vous souhaite d’arriver à prendre le temps,
Pour votre épanouissement personnel,
Et surtout celui de vos enfants.

Carmen

 

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